Le cabinet Technologia a restitué les premiers résultats de l’enquête menée auprès des 100 000 agents de France Télécom. Étant moi-même agent (à mi-temps) de cette entreprise, ayant participé au sondage, je profite de “la lettre ouverte“ (créée pour permettre à chacun de témoigner de ses expériences) pour vous communiquer mes réflexions.
Les conclusions de ce rapport sont diverses. La gouvernance du groupe est directement mise en cause. Et c’est vrai que dans sa volonté de dégager du cash en réduisant ses coûts, elle a semblé plus préoccupée par la satisfaction de ses actionnaires que par celle de ses clients et de ses salariés.

Côté agents, les réorganisations permanentes ont entraîné de réels gâchis de compétences. Par exemple, sur un plateau d’accueil téléphonique où d’anciens techniciens côtoient des jeunes en contrat de formation, les techniciens reclassés acceptent mal d’être employés sur une activité qui fait peu appel à leurs anciennes expertises et les jeunes comprennent mal l’écart de salaire important dont bénéficient leurs aînés. Double frustration et malaise dans les équipes. Quand, à cela, vous ajoutez la pression, les contrôles, la mise en compétition des salariés (ce que j’appelle l’infantilisation des agents), vous finissez de comprendre que, pour la direction générale, l’humain pèse peu face au financier.
Perte de convivialité, dégradation du lien social, de la fierté d’appartenir à France Télécom, voilà quels sont les autres points forts de ce rapport.
En quelques années, l’entreprise a abandonné une communication interne basée sur un magazine papier (Fréquences, envoyé au domicile de tous) et développé l’intranet. Résultat : alors que chacun pouvait faire lire à ses proches des articles qui valorisaient ses activités et celles de ses collègues, aujourd’hui, seul un magazine fortement teinté de ˝marketing˝ sort de l’entreprise.
En plus de la qualité du service fourni aux clients, les agents étaient fiers des valeurs portées par une entité dont la discrétion m’étonne, la Fondation France Télécom. Pourquoi, aujourd’hui, la Fondation est-elle aussi sobre dans sa communication? Comme si les dirigeants du Groupe avaient honte de ses dernières vertues. Comme si la Fondation était jugée subversive alors qu’elle permettait à certains d’entre nous (en aidant les familles d’autistes, par exemple) de s’engager dans une action humanitaire, d’être fiers d’eux-mêmes et des axes de mécénat choisis par FT.
Pour finir, rappelons qu’à travers un réseau d’associations sportives (Asptt) et culturelles (chorales, clubs photo, peinture, etc…), le personnel avait la possibilité de partager à l’extérieur des moments de détente qui trouvaient, naturellement, un écho dans l’action professionnelle. Malheureusement, France Télécom, en récupérant les emplois détachés dans ses associations, en cédant ses installations sportives à des collectivités, a signé la disparition de la grande famille des PTT.
Et ils voudraient qu’on ne leur en veuille pas…
Jacques Valat (Créateur/Administrateur de “La lettre ouverte“)