De nos jours, « La Rue » est peu regardée. Tout va très vite. L’attitude contemplative (au sens du regard posé sur ce qui nous entoure) peut paraître dépassée, passéiste voire « ringarde »! Personnellement, je suis un adepte du voyage dans le territoire que je me suis défini: La Ville.
J’y croise souvent des personnages, dans des lieux divers, qui mettent mon imagination en éveil et en action.

Tels ces personnages « lunettés » qui, devisant sur un banc public, deviennent pour moi des publicités vivantes pour l’opticien du lieu.
Je n’ai pas connu ces « Pubs sur Pattes » appelées autrefois « hommes-sandwich » et qui, pour quelques francs, arpentaient les trottoirs des villes une pancarte accrochée dans le dos, vantant les mérites de tel ou tel produit ou lieu à la mode. Cela me remet également en mémoire une saynète télévisuelle signée Achille Zavatta, qui était aussi un humaniste, qui interprétait un « homme-sandwich » qui passait et repassait devant la fenêtre d’un restaurant dans lequel des gens réveillonnaient alors que lui était privé de ces agapes. L’image de cette frustration est restée à jamais gravée dans mon cœur. Cette scène photographiée m’a remis en mémoire tout cela et j’ai imaginé ces deux protagonistes sortis de mon imagination, obligés par un contrat de travail précaire à stationner devant la vitrine en étant redevenus « hommes-sandwichs » comme autrefois. Mais, bien sûr, cela n’est sorti que de mon imagination!
Mais, toutefois, un doute m’assaille! (comme l’on disait autrefois).
Les temps sont à nouveau très durs pour beaucoup et peut-être reverrons-nous des hommes redevenir « sandwichs » pour pouvoir croûter!
Mais peut être sont-ils déjà là?
Peut-être ont-ils été remplacés par ces porteurs de publicités glissées dans nos boîtes à lettres! Ce nouveau travail précaire ayant édulcoré le statut d’ »homme-sandwich ».
Apprenons donc à poser notre regard sur notre société pour tenter d’en éviter les dérives et la déshumanisation!
Manuel Baena