
Qui sont les Cubains?
Beaucoup d’images, de clichés, nous viennent à l’esprit quand nous pensons au peuple de la perle des Caraïbes.
Cuba, c’est d’abord la rue où la nouvelle vague côtoie les souvenirs d’une jeunesse rebelle. Mais c’est aussi des marchés éclaboussés de lumière, des travailleurs qui s’obstinent à faire tourner des machines hors d’âge, des dockers rompus par des charges trop lourdes, des écoles pleines d’enfants curieux, des pousseurs de fonte en sueur et des boxeurs déterminés, des artistes généreux, des familles enveloppantes et des patriotes dignes mais désabusés.
À la fois grand reporter et photographe d’entreprise, Jacques Valat maîtrise à la perfection l’art du portrait “in situ”. CUBANOS (déc. 1999) nous en apporte une nouvelle fois la preuve. Épaulé par Jean-Yves Bregand (maître du tirage traditionnel en noir et blanc), l’auteur nous propose vingt-cinq portraits de Cubains anonymes. Des Cubains de fin de siècle qui nous acceptent dans leur monde, qui nous invitent par un sourire ou un regard à vivre leur vie, qui nous transportent à La Havane, à Santiago. Leur joie de vivre s’affiche toujours en contrepoint d’une mélancolie affleurante, donnant à leur existence un rythme chaloupé.
Chacun de ces visages rappelle les vers de Nicolas Guillén* :
˝Estamos juntos desde muy lejos, jóvenes, viejos, negros y blancos, todo mezclado˝ (Nous venons de très loin ensemble, jeunes, vieux, noirs et blancs, tout mélangé).
CUBANOS, c’est le portrait à facettes d’une île métisse : ethnies multiples, racines éclatées, tout est là.
María-José Gutierrez-Lera
Professeur de photographie / Huesca
* poète et journaliste cubain (1902-1986), chantre du métissage entre les cultures noire et européenne.
Pour moi, Cuba c’est aussi pratiquement le seul endroit au monde ou l’analphabétisme est inférieur à 5 %… Vous parlez des enfants des écoles pétris de curiosité… Heureux ces enfants qui auront donc les moyens de lutter plus tard contre le vrai asservissement, parce qu’ils auront reçu l’éducation, et auront donc aussi les moyens de lutter contre la vraie misère… celle de l’inculture et de la méconnaissance. La vraie misère c’est celle qui prive l’individu de ses seuls moyens de comprendre sa vie et d’infléchir le fatalisme pour une vraie prise en main de son futur… La vraie misère c’est celle qui prive l’individu de la connaissance.
Martine Réau-Gensollen